L'excellence est la réalité du luxe PDF Print E-mail
Sorry, this article has not been translated yet in your language. It will be available verry soon. Quelle est votre définition du luxe ?
Le luxe, c'est l'exceptionnel. A partir du moment où l'exceptionnel devient de la qualité, ce n'est plus tout à fait du luxe. En revanche, la communication des grandes marques, qui portent leur nom comme des drapeaux, joue sur cette ambiguïté. Elles sont l'expression du raffinement, par des productions uniques. Le luxe comporte une part de rêve, mais sa réalité, c'est l'excellence. La grande tradition de la qualité française, associée à une création sans cesse renouvelée, perdure dans les métiers d'aujourd'hui.

Que représente votre association, sa vocation, ses moyens, ses perspectives ?
Il faut comprendre l'esprit de cette association à sa création. Nés en 1993 de la passion de certains amateurs d'art et d'artisanat et de celle de professionnels esthètes, les Grands Ateliers de France regroupent, autour de Laurence Bonnet et de moi-même, des artisans français soucieux de promouvoir et de préserver des métiers rares et des savoir-faire anciens. Restaurateurs et créateurs travaillant le bois, le cuir, le verre, le tissu, le métal, la pierre ou les matériaux rares, ils font tous partie d'une même famille. Il convient de parler de savoir-faire plutôt que de métiers : ce qu'ils défendent, avant tout, réside plus dans l'art d'exécuter leur travail avec leur coeur et leurs mains que dans la simple application d'une technique bien apprise.

Je pense que l'artisanat est remis à l'honneur, grâce à des associations comme la mienne. Il y a un retour aux origines chez les gens soucieux de retrouver l'excellence d'objets façonnés par des artisans. Les moyens sont faibles, ils reposent sur les cotisations des artisans comprises entre 100 et 1 500 euros. J'ai ensuite obtenu des aides de différents ministères comme ceux de l'Artisanat, de la Culture, des Affaires étrangères, ainsi que de la Ville de Paris.

Quel rôle Benjamin de Rothschild a-t-il joué en faveur des artisans français ?
Benjamin de Rothschild est tombé sous le charme de ma communauté. C'est un grand amoureux des objets d'art et il connaissait certains de ces grands artisans.
La famille de Rothschild a toujours incarné cette image d'amateur éclairé. Quand, en septembre 2001, la fondation Maurice et Noémie de Rothschild - Fondation pour l'art a proposé aux Grands Ateliers de participer à une exposition sur l'artisanat au château de Pregny, en Suisse, nous avons accepté avec enthousiasme. La préparation de cette exposition nous a permis de rencontrer deux personnalités généreuses et passionnées, dans la lignée de connaisseurs et de mécènes de leur famille.

Avez-vous l'intention de créer des antennes à l'étranger pour votre association, comme vous l'avez fait, jadis, pour le comité Colbert ?
Non ! J'ai été tenté de le faire, mais ces grands artisans ont pour terre d'élection la France. il faut laisser les amateurs venir en France pour les découvrir. Je préfère faire rayonner le nom des Grands Ateliers sur toute la surface du globe.
Le Diner’s Club est venu me voir avec l’intention de créer une carte culturelle, sue laquelle il y aurait le nom des Grands Ateliers. Chaque fois qu’une transaction se ferait avec cette carte, les Grands Ateliers se verraient reverser un pourcentage. En payant avec cette carte, vous contribuerez à soutenir l’artisanat français. Dès lors, j’espère que cette association pourra subvenir correctement à ses besoins. Je pense que l’on va fêter nos dix ans dans de très bonnes conditions.

Est-ce que les artisans d’élite que vous avez réunis constituent une exception française?
A ma connaissance, il n’y a pas d’équivalent à l’étranger. A l’occasion d’une assemblée générale, j’ai combattu certaines réflexions malthusiennes, en affirmant que le meilleur moyen de montrer notre force, c’est d’aller aussi vers les autres.

La réglementation du commerce des matériaux concernant l’ivoire, les écailles de tortues ou certains bois rares ne constitue-t-elle pas un handicap pour les artisans?
La faune et la flore sont protégées par diverses réglementations, mais les matériaux que vous évoquez ne sont pas pour autant interdits, contrairement aux idées reçues.
Les artisans ont crée le Comunart, une association fonctionnant avec leurs cotisations et soutenue financièrement par différents mécènes. Forte de sa connaissance des réglementations, elle renseigne les collectionneurs, les antiquaries et leurs clients, et les aide à constituer les dossiers de douanes pour l’importation de matières premières réglementées. C’est peut-être là qu’elle est la plus utile aux amateurs et aux collectionneurs.

A vos yeux, qu’est-ce qui caractérise les grandes marques françaises du luxe?
Une exigence absolue, l’absence de concession. Prenez Vuitton. Vous êtes chez Vuitton à Paris, à Tokyo ou à Manille, vous sentez la meme odeur, la meme ambiance. Partout la même rigueur!
Les français sont beaucoup plus attachés aux marques que d’autres pays. Prenons les vins par exemple. En France, vous avez des crus et vous avez des châteaux. En Italie, vous avez simplement des crus, les châteaux commencent à peine. En Allemagne, vous avez des vins du Rhin, mais vous n’avez pas de noms instaurés de manière pratiquement ancestrale.

A partir de quel moment l’objet peut-il être qualifié de luxe? Est-ce au moment où le superflu devient essentiel?
Oui, le superflu est essentiel et le luxe fait partie du rêve. Le rêve, c’est ce qui a fait toutes les aventures des hommes. Ce n’est pas l’argent, c’est le rêve! Vous n’avez pas fait bouger des troupes sous Napoléon pour de l’argent mais pour du rêve, vous n’avez pas construit le canal de Suez pour de l’argent, mais pour le rêve!

Comment envisagez-vous la transmission du savoir professionnel qu’assurait jadis la coutume de l’apprentissage?
Il y a un très beau travail qui a été fait, une belle idée développée par tout le monde qui, pour l’instant, évolue mais n’est pas connue. L’Etat a créé l’Institution des maîtres d’art, c’est-à-dire qu’il s’est donné le droit régalien de choisir certains parmi les meilleurs et de les nommer maîtres d’art, mais pas n’importe comment. Ceux qui sont maîtres d’art – j’en ai une dizaine dans ma communauté – s’engagent à former un apprenti, moyennant une aide financière. Comme le précise la baronne Benjamin de Rothschild: “Il est fondamental d’enseigner et de transmettre, et j’espère que les Grands Ateliers maintiendront cette tradition afin que les futures generations éprouvent les memes joies et satisfactions que j’ai eues en les rencontrant.”

DIOR, HOLLAND & HOLLAND, LACROIX, VACHERON / CONSTANTIN
Quand les Grands Ateliers sont au service des plus belles marques.

Philippe Prutner, Vacheron/Constantin (1)
Ce brillant horloger sera prochainement nommé president des Grands Ateliers. Il travaille notamment pour la maison de joaillerie Vacheron/Constantin. Il tient à son titre de “mécanicien horloger” parce qu’il crée, réalise et restaure “tout mécanisme à complication ayant un rapport avec l’horlogerie”. Son domaine: les arts mécaniques pour objets de collection. Philippe Prutner a créé “le tellurium” pour l’exposition de Pregny, une combinaison arithmétique d’engrenages originale, qui donne la meilleure précision obtenue avant la révolution synodique de la Lune. Le mouvement terrestre est de 24 heures en moyenne, la révolution de la Lune est de 29 jours, 12 heures, 44 minutes et 3 secondes. Le tour de force était d’arriver à une precision d’un dixième de seconde par mois lunaire…Philippe Prutner n’a pas de concurrent en France.


Pierre Bonnefille, Fauchon et Christian Lacroix (2)

“Theâtralisation des matières” est peut-être l’expression qui définit le mieux les interventions de Pierre Bonnefille, par sa technique d’enduits colorés sur lesquels le temps a fait son oeuvre. Le café Marly a été son premier coup d’éclat. Il habille partout dans le monde les boutiques Christian Lacroix d’une texture gravée d’ocre rouge rehaussée d’or. Il dote Fauchon du mur rouge calligraphié d’or demandé, qui va être reproduit dans chaque succursale en signe de reconnaissance. Et il trace en filigrane de nacre sur calcaire un fragment géant de James Christie dans l’atrium de la salle des ventes Christie’s Paris. Ses carnets de travail gardent la trace de chaque etude: composition, essais, couleurs, commentaries. Car Pierre Bonnefille se renouvelle à chaque intervention.

Pierre Corthay, Dior (3)
Chez Corthay bottier, on travaille toutes les peaux: le lézard, en sportswear; le croco “assez tendance en gold pour les hommes”; la baleine “peau étonnante, avec ses petits cartères, pour l’outdoor”; le fourmilier, don’t les écailles font grand effet sur des bottes “show-biz” ou texanes… Et rarissime, l’antilope, dont il garde un mini-stock pour les grandes occasions: “une peau exceptionnelle au toucher, d’un velouté incomparable, hyper-souple, magnifique dans les tons brique ou safran”…Comme Pierre voit loin, il ajoute “une ligne de prêt-à-porter élaborée dans le même souci de perfection”à son atelier-boutique spécialiste du sur-mesure, à deux pas de la place Vendôme, pour des clients du monde entier. Ceci n’empêche pas cette équipe de Compagnons du devoir, dont Pierre et son jeune frère Christophe, d’intervenir pour la prestigieuse marque Dior dans ses collections haute couture, avec des bottes, des cuissardes aux tons acidulés, assemblages de crocodile, d’agneau et de souliers brodés.

Pierre Reverdy, Holland & Holland (4)
Compagnon du devoir depuis 1985, après six ans de Tour de France, il a été nommé maître en coutellerie et forge en 2000. Pierre Reverdy a été initié à l’acier damassé en 1986. Six ans après, il crée son damas poétique avec une technologie qui lui est propre. Il dépasse le feuilletage du damas et invente une nouvelle gamme de décors d’acier. Parfaitement imbriqués l’un dans l’autre, deux blocs d’acier différents, un bloc motif encastré dans un bloc support, sont chauffés à blanc, soudés puis forgés jusqu’à obtenir la rythmique voulue des décors. Ses oeuvres: damas aux motifs de rennes, cristaux de glace et flocons de neige pour cette paire de couteaux du Père Noël, couteau droit et couteau fermant, en damas et cyanite; volutes inspirées d’une étoffe précieuse du XVIIIe siècle, une brocatelle Le Manach pour une dague de chasse au manche d’ivoire de mammouth et au fourreau en damas et galuchat. C’est la puissance de ces rythmiques qui donne à ces couteaux et dagues de chasse, à ces couteaux de collection et coupe-papier, à cette épée d’académicien, l’élégance vigoureuse qu’apprécient les grands armuriers comme Holland & Holland.