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LA GAZETTE DE L’HÔTEL DROUOT 257 - De musées en galeries le magazine N° 39 – 13 NOVEMBRE 2009
Par Sophie Reyssat.
Quel est le point commun entre la gravure, la ferronnerie, l’horlogerie, la tapisserie, la marqueterie, la ganterie, la peinture, l’orfèvrerie ou encore la reliure ? Les Grands Ateliers de France. Cette association compte en effet soixante-dix corps de métier, réunis au sein de cinquante-cinq ateliers d’artisanat d’art. Quarante d’entre eux s’exposent aujourd’hui à Reims, à la villa Demoiselle. Dans la première salle, vous vous pencherez sur des malles-écrins, véritables coffres au trésor dévoilant des matériaux d’exception sublimés par la main de l’homme. Puis, dans la « Caverne », on découvre l’univers d’un Ali Baba collectionneur qui aurait souhaité recueillir et mettre en scène les savoir-faire, dans un esprit de cabinet de curiosités. Une lourde tenture habille un pan de mur aux côtés d’un carré de miroirs «Vanités », tandis qu’un cadre doré et un quart de sphère surplombent une table-lit et un samovar en argent.
Plus loin, un clavecin semble en lévitation au-dessus de pieds de fauteuils du XVIIIe siècle. Une présentation ludique, volontairement décalée, conçue par Bruno Moinard pour aiguiser la curiosité. La visite de l’exposition est couplée avec celle de la villa, permettant ainsi d’apprécier le travail de restauration mené à bien dans cette demeure édifiée à la charnière des styles art nouveau et art déco. Pendant plus de quatre ans, des artisans appartenant à vingt-cinq corps de métier se sont succédé au chevet de cette bâtisse à l’abandon. Grâce à eux – et à la volonté de ses propriétaires, Nathalie et Paul-François Vranken –, elle est revenue à la vie avec l’éclat de ses plus beaux atours. Quel autre lieu pouvait, mieux que la villa Demoiselle, accueillir une exposition en forme d’hommage à l’artisanat d’art ? Rémy Brazet, qui a mené la restauration des textiles, a fait le lien avec les Grands Ateliers de France, dont il est acteur. Née en 1993, l’association a été conçue comme un « Comité Colbert d’artisans ». Tenus de répondre à un label de qualité, rigoureusement sélectionnés par une cooptation remise en cause chaque année, ses membres sont des compagnons du Devoir et des compagnons du Tour de France, des maîtres d’art, des meilleurs ouvriers de France ou encore des lauréats du prix pour l’Intelligence de la main de la fondation Bettencourt Schueller. Écailliste, ivoirier, héliograveur au grain, ils sont parfois les derniers à exercer ces métiers en France. Leur maîtrise, rarement consignée dans des ouvrages, est un patrimoine vivant à transmettre. Ces hommes et ces femmes font perdurer des techniques ancestrales, qui évoluent avec la raréfaction de certains matériaux, mais aussi avec l’apparition de nouvelles matières, outils et techniques. Les changements de goûts et de modes de vie sont également source d’adaptations. Il ne s’agit alors plus seulement de restauration, mais aussi d’innovation et de création. À ce niveau, on se doit de parler de haut artisanat d’art, comme on peut le faire avec la haute couture. L’artisanat et le luxe s’associent d’ailleurs dans la conception d’oeuvres uniques, en France comme à l’étranger. La « french touch » s’exporte. Forte de ce constat, Saga – la Société des amis des Grands Ateliers – a été créée pour promouvoir les savoir-faire français par des visites d’ateliers, des conférences, diverses manifestations et des voyages. Pour les métiers d’art également, on peut parler d’exception française. • Jusqu’au 21 janvier 2010, du mercredi au dimanche de 10 h à 19 h,
Photo : Sceau-cylindre de Gérard Desquand, graveur héraldiste, président des Grands Ateliers de France © Cecil Mathieu |







La fine fleur de l’artisanat d’art s’expose à Reims, à la villa Demoiselle, jusqu’en janvier 2010. Un hommage au savoir-faire français, entre tradition et modernité.